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Patrick Bontinck, directeur général de Visit Brussels, sur les 10 quartiers commerçants du centre-ville

Rendre l’offre de transport plus lisible, mettre les usagers en rapport avec des quartiers qui leur correspondent et prendre exemple sur le modèle des shopping centers sont autant de pistes de réflexion pour le centre-ville abordées avec Patrick Bontinck dans le cadre de cette interview.

 

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Pourriez-vous nous dire en quoi consiste ‘VisitBrussels’, et quelles y sont vos fonctions?

Je suis directeur général de VisitBrussels, qui est un peu l’Office du Tourisme pour la Région bruxelloise. On s’occupe à la fois de la promotion touristique au niveau national et international mais également de tout ce qui est communication culturelle. On gère également le site agenda.brussels, le site visit.brussels. Enfin, on est un bureau de facilitation pour les organisateurs, les organisations, les congrès nationaux ou internationaux ainsi que pour l’organisation d’événements dans l’espace public pour la Région bruxelloise.

Comment est-ce que vous décririez le projet Make.Brussels ?

Make.Brussels est un projet participatif qui doit permettre de redonner une identité à certains quartiers commerçants. Ce que j’aime bien dans l’idée, et ce n’est peut-être pas l’objectif principal, c’est que les gens ont maintenant l’obsession des shoppings centers. Avec Make.Brussels, l’un des objectifs est qu’à la sortie du projet, les gens se rendent compte que le centre-ville, n’est pas un shopping center, mais dix shopping centers différents, séparés, avec leur propre identité. Qu’ils se rendent compte qu’il ne faut pas spécialement aller en dehors de la ville pour retrouver les services de ce type de centre et qu’il y en a dix, l’un à côté de l’autre, au centre de Bruxelles.

Vous êtes chargé de mettre en avant l’attractivité de la Région bruxelloise auprès des non-Bruxellois. Dans quel mesure est-ce que le projet Make.Brussels s’inscrit dans la stratégie de VisitBrussels ?

Pendant longtemps, on a voulu donner de fausses images de nos villes. Mais l’émergence des réseaux sociaux, de l’omniprésence du web ne permet plus de mentir. On est maintenant fort lié à l’identité des gens et plus spécifiquement à l’identité que ceux-ci donnent à leurs quartiers. Au sein de VisitBrussels on a donc fait le choix, depuis un bon bout de temps, de promouvoir cette identité-là. Et plus les quartiers se structurent et font la promotion d’une identité forte, plus cela nous permet en retour de mieux les promouvoir. À l’heure actuelle, les gens ont besoin de reconnaître un produit. Un produit ça se reconnaît à travers une identité et Make.Brussels doit justement permettre de développer cette identité et de la renforcer parce que les gens viendront pour ça : pour retrouver une identité spécifique.

Vous êtes aussi en contact avec les commerçants dans le cadre de vos activités, vous organisez différents événements, est-ce que vous pourriez nous dire comment ces événements ont impacté vos activités et celles des commerçants?

On est dans une situation inédite à Bruxelles…Si on peut souligner une chose, c’est qu’il y a une volonté de résistance de la part des Bruxellois à la sortie de ces événements. On peut espérer que cette résistance soit aussi assumée par les gens qui venaient avant à Bruxelles, originaires de Flandre, de Wallonie, mais aussi des pays limitrophes. Le pire qu’on pourrait faire après les attentats, et je ne dis pas ça pour Bruxelles, je dis ça pour l’Europe entière et le monde entier, c’est de changer nos habitudes de vie. Il faut vraiment essayer de convaincre les gens. Oui, une nouvelle normalité s’installe, mais il faut apprendre à vivre avec et ne surtout pas se cloîtrer. Il y a une nouvelle normalité et plus de risques qu’avant, mais on ne résout pas le problème en restant chez soi.

Comment est-ce que vous pensez le secteur créatif capable d’aider à résoudre les problèmes économiques que connaît le pentagone ?

Soyons clairs, on ne peut pas faire des miracles. Par contre, renforcer l’identité des quartiers, présenter une offre structurelle, c’est très important. À l’heure actuelle, la plupart des gens ne connaissent pas ces identités de quartier, qui font pourtant partie de l’histoire de Bruxelles. C’est quelque chose qui date de la nuit des temps, peut-être même avant la création de la Belgique. Bruxelles est construite autour de quartiers et tous ces ensembles juxtaposés ont une identité très forte. C’est important que les gens comprennent ça. Renforcer ces identités va aussi permettre de donner une meilleure homogénéisation des commerces. Il faut que les gens sachent où aller et mettre en avant, via Make.Brussels, que quand vous arrivez dans le centre-ville vous pouvez avoir dix ambiances différentes, dix offres différentes.

C’est une volonté affirmée de mettre en avant les identités des quartiers du pentagone. Comment est-ce que, pour vous, ça participe à l’attractivité du centre-ville ?

Dans le cadre de notre stratégie à VisitBrussels on parle de marketing affinitaire, c’est à dire de la mise en avant de produits qui correspondent aux affinités de certains publics. Et donc à partir du moment où l’on a des produits qui ont une forte identité, ça permet de rencontrer un public et une affinité. Comme on le disait précédemment, on ne peut plus mentir aux gens. Et ces gens ont le choix. Il ne faut pas, comme ça s’est fait par le passé, adapter nos produits aux consommateurs. Il faut que nos produits aient une identité forte et que nous allions chercher les consommateurs pour ces produits spécifiques. Il faut arrêter d’essayer de vouloir plaire à tout le monde, parce que ça ne correspond pas… On ment en faisant ça. Et ce n’est pas une campagne de pub qui change les choses. Par contre, si les gens ont certaines affinités et que vous avez des produits qui correspondent à ces affinités, le « match » se fait. C’est ça qu’on doit développer à travers ces idées. C’est pour ça aussi que je parle de dix shopping centers, parce que je pense que c’est une réalité. On a une grande diversité commerciale dans le centre-ville, mais qui est mal coordonnée et mal ajustée.

Avez-vous vu des initiatives similaires à Make.Brussels à l’extérieur ? Que ce soit en Europe ou ailleurs, est-ce que vous avez une idée de leur impact sur le tourisme et l’image de la ville ?

Souvent, les villes sont très monochromes : toutes ne se sont pas développées comme Bruxelles, avec des quartiers juxtaposés et reliés entre eux par la suite. Ce n’est pas du tout la même chose qu’une ville qui a grandi en son centre. C’est une particularité très spécifique. On retrouve ça dans certaines autres villes, avec une ville ancienne et une ville moderne par exemple, et certaines de ces villes ont surfé sur ces identités très fortes, où on a le port, la vieille ville… La différence à Bruxelles, c’est qu’on a beaucoup plus d’identités et de quartiers différents. Il y a évidemment des initiatives porteuses à l’international : on sait par exemple très bien que lorsqu’on va à Barcelone, certains vont dans la vieille ville, d’autres privilégient le port olympique ou les Ramblas et ce fonctionnement est bien ancré dans l’inconscient. C’est ce qu’il faut faire émerger. Et calquer ça à l’offre commerciale qui est autour.

La composition du jury final n’est pour l’heure pas encore connue, mais si vous deviez être dans ce jury, comment est-ce que vous jugeriez, à titre personnel, les projets ?

Je privilégierais clairement les projets les plus fédérateurs d’une part, et ceux qui permettront de clarifier l’identité du quartier d’autre part. C’est ce qui sera le plus difficile à faire mais je pense que c’est ça le vrai challenge ! À la sortie de ces projets, il faut qu’on puisse clarifier l’identité des quartiers.

Est-ce que vous avez récemment vu une initiative locale, que ce soit ici ou ailleurs, que vous aimeriez voir se développer ?

Non. Mais ici, il y a clairement la question de ramener du monde dans les rues. Si on veut que les commerces fonctionnent, il faut du monde dans les rues. Ce qu’il manque à Bruxelles, c’est que les gens n’identifient pas un quartier à un parking, à un transport en commun ou une station Villo!. Et ça c’est un tort total. On met des transports (parkings, métros ou vélos) mais on ne les lie pas spécifiquement à un quartier. Les noms des stations ne correspondent à rien. Le commerce, ce n’est pas uniquement des commerces. Ce sont des gens dans la rue, c’est l’Horeca, c’est un parking, c’est une station de métro, ce sont des bus, des vélos. C’est ça qui fait un quartier.

Vous avez jusqu’au 5 mai pour soumettre votre idée pour Bruxelles sur la plateforme de Make.Brussels.

 

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