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La directrice du MAD Brussels et son implication dans Make.Brussels

Autour d’un café rue Dansaert nous avons discuté avec Alexandra Lambert, directrice du MAD Brussels, du lancement de Make.Brussels. L’importance d’être dans une dynamique positive, la transdisciplinarité et ce que Bruxelles pourrait faire pour poursuivre cette belle initiative sont quelques uns des sujets que nous avons abordés.

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Est-ce que vous pouvez nous dire en quoi consiste le MAD et quels sont ses fonctions ?

Le MAD est le centre Bruxellois de la mode et du design. C’est une équipe de 21 personnes qui travaillent pour 5 grandes missions mais aussi un futur bâtiment de 3 milles mètres carrés qui ouvre cette année dans le quartier Dansaert. Les rénovations se terminent cette année et c’est un peu l’aboutissement de dix ans de travail pour moi qui en suis la directrice.

Qu’est-ce qui distingue selon vous le projet ‘Make Brussels’ d’un appel a projet plus classique ?

Tout d’abord avoir un budget comme celui-là, c’est une opportunité réelle et c’est assez rare. Le fait de vraiment encourager la créativité et l’innovation est aussi un peu une première à Bruxelles. Le fait que ça cible dix quartiers en fait un projet d’envergure pour Bruxelles, c’est un beau challenge. Enfin le nombre de partenaires qui collabore est réellement important et dans les circonstances actuelles c’est plus que jamais nécessaire. Si l’on pouvait régulièrement avoir des concours comme ça à Bruxelles, pour stimuler la créativité, ce serait une très bonne chose pour la ville.

Comment s’impliquera le MAD dans Make.Brussels ?

On va tout d’abord agir sur la communication du projet, pour ce qui concerne les secteurs de la mode et du design, puisqu’on va relayer l’appel à projet auprès de notre large base de donnée. On va aussi essayer de stimuler les créateurs et designers, qui auraient envie d’entreprendre d’un point de vue commercial, pour avoir leur enseigne en nom propre par exemple. On est implanté dans un quartier entre Molenbeek et le piétonnier, qui sont deux nœuds aujourd’hui à Bruxelles. Du coup je pense qu’on peut aussi avoir un rôle en essayant de stimuler les activités commerciales nouvelles. Et comme centre d’aide à l’innovation, on n’est pas un musée, nous ne conservons pas de pièces, mais on est plutôt dans une dynamique tournée vers le futur : c’est aussi à nous d’avoir le regard aiguisé pour repérer de chouettes propositions et essayer de les stimuler dans le cadre de projets comme celui-là.

Selon vous, quel est le plus grand challenge rencontré par les commerçants du centre ville ?

Enormément de choses leur sont tombées dessus en même temps… La décision des autorités politiques de créer le plus grand piétonnier d’Europe en centre ville, c’est une idée assez fantastique et il faut avoir le culot de le faire, mais la manière dont ça s’est fait n’a pas été pour moi suffisamment préparé avec les acteurs de terrain et du quartier de ce centre ville. Aujourd’hui beaucoup de commerçants disent que c’est compliqué, qu’ils ont des pertes de chiffres d’affaires de 30 à 50%… Mais je pense qu’il faut relativiser ça. Certains n’ont pas du tout ce discours et considèrent que ça va très bien. A force de tenir ce discours, de dire qu’on ne vient plus au centre ville à cause du piétonnier, on stimule aussi le fait qu’on ne vienne pas. Il faut inverser ce discours. Il faut travailler à l’attractivité de ce centre ville. Si on regarde dans une perspective historique de construction des villes européennes, Bruxelles est la seule ville européenne dont le centre est encore aussi paupérisé. Si on prend des mesures pour inverser la tendance il y une phase de transition qui va forcément être compliquée et il faut plutôt se serrer les coudes et essayer de pas se torpiller. On doit tous faire l’effort de montrer ce qui est incroyable dans ces quartiers, quels sont nos atouts. On aimerait aussi être un peu plus sollicité par la ville, pour être un acteur de l’aménagement de l’espace public. On travaille avec tous les designers de la région, on est un acteur dont la ville est actionnaire par ailleurs et on voit des troncs d’arbre sur le piétonnier comme banc public. Je trouve dommage de ne pas mobiliser les ressources locales, je pense que ce serait chouette. C’est un petit appel à la ville pour qu’elle nous sollicite plus.

Comment pensez-vous que le secteur créatif peut aider le centre ville à se regarnir, mais peut-être aussi à se réinventer? Pourquoi faire appel au secteur créatif?

Si on écoute un peu Sonia Noël (fondatrice de la boutique de mode Stijl), sur la façon dont Dansaert a émergé en tant que quartier branché, c’est parce qu’au départ, beaucoup d’acteurs des secteurs créatifs sont venus s’y installer. Mais ces acteurs ont pris des risques. Ils viennent dans les quartiers difficiles, qui ne sont pas une frontière pour eux. En amenant tous ces acteurs à venir s’implanter dans les quartiers on recrée une identité spécifique, et pas celle qu’on voit avec les grandes chaînes commerciales qui s’implantent dans toutes les villes. On peut donner une attractivité plus grande à un quartier en créant une niche. Finalement, c’est un peu la loi de l’offre et de la demande : quand on trouve quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs, on a envie d’y venir. Et stimuler la création de commerce innovants, différents, ça les créatifs savent faire. Ce qui serait bien c’est aussi que la ville ou la région, je ne sais pas à quel niveau de pouvoir ça doit se passer, offre, au-delà de grosses bourses comme ça en un coup, des espaces d’occupation précaires avec des loyers tout à fait réduit. Pendant trois ans par exemple ça permettrait à des commerces qui veulent prendre des risques de se lancer. Aujourd’hui, aller se mettre sur le piétonnier, alors que il va y avoir trois ans de travaux, franchement il faut être un peu suicidaire… Mais si on ne paie rien comme loyer pendant trois ans, qu’on laisse le commerce s’installer, peut-être qu’il va être stimulé.

Chaque projet devrait s’intégrer dans la dynamique et l’image d’un quartier. De quelle manière est-ce que vous voyez les projets renforcer l’image de ces quartiers ? Par exemple l’image de Dansaert est liée à la mode, et le MAD est situé là : quel type de projet pourrait selon vous renforcer l’image de ce quartier spécifique?

Cette image est devenue, entre guillemets, un peu fallacieuse. Beaucoup de créateurs se sont implantés il y a 20 ans, mais s’en vont maintenant parce qu’ils ne tiennent plus avec les loyers qu’ils ont à payer et les baux commerciaux. Ils sont en train de s’écarter, vont dans la rue des Chartreux, dans la rue de Flandres, presque à Anneessens. On reste bien dans le périmètre de la rue de la Senne, mais les commerçants continuent à prendre le risque de s’installer dans des rues plus difficiles, et tant mieux. Donner une image à chaque quartier est vraiment important. C’est par exemple chouette d’avoir un Chinatown dans toutes les villes du monde.Par contre les secteurs deviennent interdisciplinaires, ils ne sont plus cloisonnés on peut donc avoir un quartier de la mode, mais celle-ci peut très bien être stimulée parce qu’il y a un super commerce de musique, parce qu’on a un galeriste qui vend des artistes connus dans le monde entier etc… On est un pays qui s’exporte beaucoup, mais on doit aussi être un acteur qui attire des investisseurs étrangers. En tant que MAD on a initié une mission avec ‘Bruxelles invest et export’, qui organise des séminaires pour attirer des investisseurs étrangers. On a créé un guide Invest mode et design qui vise à donner une vision « glamour » de Bruxelles. Maintenant on va essayer, nous, à petite échelle pour démarrer, d’attirer un studio de mode et un studio de design étranger à s’implanter à Bruxelles. On crée de la valeur ajoutée, peut-être de l’emploi ici, et on ne fait plus en sorte d’uniquement exporter nos talents. Nous avons fait ça pendant des années. On est un petit marché, on doit aussi essayer d’attirer des gens chez nous. Et je pense qu’en créant cette dynamique dans les deux sens, on peut aussi amener des choses.

En tant que membre du jury final, sur quels critères est-ce que vous jugerez les projets ?

Moi je vais être avant tout attentive à l’innovation… Je ne sais pas dans quelle mesure il y aura des notes et des critères très spécifiques, mais j’ai personnellement envie de stimuler des choses nouvelles qu’on n’a vu nulle part, qui auront une force d’imagination dans leur concept, qui attireront la curiosité, l’envie d’aller plus loin. Bien sur je vais aussi être attentive à ce que le projet tienne la route, qu’il ait été pensé globalement et qu’il soit adapté au quartier dans lequel il s’implante. La corrélation entre le quartier et le projet sera aussi déterminante. Essayer de donner une image globale à un quartier, une identité, un emblème, c’est important. Que le commerce soit le plus adéquat par rapport au lieu où il s’implante aussi.

Pourriez-vous nommer des personnes ou des collectifs que vous souhaiteriez vraiment voir soumettre un projet ? Et pourquoi ?

En mode, des jeunes ont crée un mouvement qui s’appelait Cohort l’an passé. Ils ont fait un défilé au Wiels, par leurs propres moyens. Ce sont cinq, six jeunes qui se sont associés comme ça et qui se sont battus, tout seul, pour faire bouger Bruxelles et présenter leur collection. Ils ont fait un défilé magnifique, avec une scénographie superbe, avec leurs moyens, leurs petits cotisations… Parfois la créativité est plus forte quand il y a moins de moyens et eux si ils pouvaient faire quelque chose je serais très contente. On organise aussi un concours qui s’appelle ‘le MAD surprise’, qui est le prix du jeune design belge : si le designer qui gagne ce concours pouvait après se lancer dans une enseigne se serait bien par exemple. Je crois aussi très fort qu’une des forces vives de Bruxelles ce sont les boutiques-ateliers. Montrer le savoir-faire des projets, l’envers du décor des créateurs et des designers leur savoir-faire, au sein même de leur boutique, c’est une force. Et puis j’aimerais aussi voir des projets plus interdisciplinaires. On pourrait avoir des architectes avec des musiciens, des graphistes, et pouvoir trouver une offre plus diversifiée. L’interaction crée quelque chose de plus, de la nouveauté.

Si vous deviez vous-même déposer un projet, quel serait-il ?

J’ai justement un projet puisque j’ai fondé une ASBL à côté du MAD, à titre privé. L’idée c’est de créer un centre interdisciplinaire à partir du street art, des arts plastiques et des arts audiovisuels et on voudrait déposer un projet de commerce autour du street art. Je n’en dis pas plus au cas où je le fais ! L’ASBL s’appelle Strokar. J’hésite encore parce que c’est tout nouveau, l’ASBL a été fondé au mois de mars. Et, évidemment, si je dépose un projet je ne peux pas être membre du jury.

Vous avez jusqu’au 5 mai pour soumettre votre idée pour Bruxelles sur la plateforme de Make.Brussels.

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